Je suis un peu en retard pour publier ce journal d’atelier, mais à l’approche des vacances et depuis l’Equinoxe de Printemps le temps s’est comme accéléré et je n’ai pas vu les jours filer. Et si j’attends encore il va se transformer en journal de mars et avril 😉
Voici donc un journal d’atelier un peu contrasté, comme vous allez le voir… Je vous raconte notamment comment j’ai perdu de manière injuste et incompréhensible l’accès à mes comptes Facebook et Instagram.
Ce que j’ai aimé
- J’ai eu la chance d’accueillir à la ferme à Raymonde un groupe d’étudiantes étrangères (Polonaises, Allemandes, Norvégiennes, Portugaises…) qui venaient passer une semaine à Brest dans le cadre du BIP Knitting (Blended Intensive Program) organisé par l’UBO.
J’ai pu leur présenter mon travail, depuis les toisons des brebis Landes de Bretagne de la ferme, en passant par le lavage, le cardage, le filage… jusqu’au tissage. J’ai adoré rencontrer ce groupe de jeunes femmes, leur curiosité, leur enthousiasme. Parler de ce que je fais prend vraiment tout son sens dans ce genre de moments, le travail à l’atelier étant quand même très solitaire le reste du temps.
Merci à Myriam pour les photos ci-dessous, j’étais trop occupée à parler pour en faire moi-même !


- Côté tricot, j’ai commencé un joli débardeur, le Joni de Natasja Hornby et j’avais vraiment bien avancé, mais j’ai du tout défaire pour une bête erreur de motif ! J’ai un peu boudé j’avoue, mais je persiste et je recommence 😀
Je n’ai donc pas grand chose à vous montrer à ce stade, c’est un peu ingrat les allers retours du haut du dos, mais ça va prendre tournure ! Et les 2300 km que nous allons faire pour ces vacances dans le Forez et en Lozère devraient m’aider à bien avancer…
Le fil est en lin biologique, il s’agit du fil Lovetand de Camarose en coloris Pudder.


- J’ai passé une merveilleuse journée en compagnie d’Audrey alias MoonDustCraft, à apprendre à faire mon premier bracelet Sami.
Nous avons fait connaissance lorsqu’elle m’a contactée pour me proposer un troc, pour participer à mon atelier filage au fuseau de février. J’accepte les échanges au compte-goutte pour des raisons financières, mais aussi parce que tout le monde ne les prend pas au sérieux… mais là, comment résister ? Je pouvais choisir un bracelet, ou apprendre à le faire, et j’ai choisi d’apprendre bien entendu !
J’ai adoré tresser ces fils d’étain et d’argent, je crois que cela m’est venu très naturellement. La partie la plus délicate est ensuite de coudre la tresse sur le cuir de renne (les fils fins notamment ne pardonnent pas la moindre irrégularité), puis de replier le cuir et de faire les finitions, mais j’ai très envie de continuer et d’apprendre d’autres tressages… puis d’associer ces fils d’étain et d’argent à de la laine, bien entendu !

NB : petite note linguistique sur l’emploi du terme « Sami », source Wikipédia :
« Historiquement, les Sames ont été connus en anglais sous les noms de Lapons ou Lapons . Cependant, ces termes sont considérés comme offensants par les Sames, qui préfèrent leur propre endonyme, par exemple Same du Nord (Sápmi). Leurs langues traditionnelles sont les langues sames, qui appartiennent à la famille des langues ouraliennes.
(…)
Ce peuple est souvent nommé « Lapons », mais ce terme est non seulement un terme étranger, mais aussi originellement péjoratif, issu de la racine lapp, qui signifie « porteur de haillons » en suédois. De même, ils appellent leurs terres ancestrales Sápmi et non Laponie. »
Mes difficultés : stress, et perte de mes réseaux sociaux
Après avoir foncé tête baissée depuis décembre pour relancer mon atelier, j’ai eu une grosse baisse d’énergie et de motivation au début de mois de mars.
Tout me paraissait urgent et prioritaire, finir le tri des toisons que j’ai récupérées pour qu’elles partent au lavage et à la transformation, la refonte de mon site qui n’en finit pas mais que je veux poursuivre, écrire des articles et différents projets, annoncer de nouvelles dates de stage, faire du stock et le vendre, récupérer mes nouveaux métiers à tisser…
Je me suis sentie stressée, voire angoissée… et submergée par l’ampleur de la tâche, ce qui m’a rappelé de bien mauvais souvenirs, et ce par quoi je ne veux pas repasser (je pense à mon presque craquage de 2019 qui a bien failli me faire tout arrêter et me dégoûter de ce que je faisais).
J’ai donc pris les choses comme elles venaient, selon mes capacités.
Je me suis posée, reposée autant que possible, j’ai écrit, j’ai réfléchi, j’ai attendu que les choses se décantent et que la clarté revienne.
Je réfléchis à la suite, retrouver un emploi salarié à temps partiel pour m’assurer une stabilité, arrêter certains aspects de mon activité qui me prennent trop d’énergie pour trop peu de retour, laisser plus de place à d’autres projets et envies créatives (un podcast, d’autres techniques…) ?…
L’Equinoxe de Printemps m’a fait le plus grand bien et je sens enfin envie et énergie revenir.
Et puis il m’est aussi arrivé un drôle de truc : j’ai perdu soudainement et de manière injuste l’accès à mes réseaux sociaux, Facebook (profil et page), et Instagram.
Après avoir publié ici mon journal d’atelier de février, dans lequel je me questionnais déjà sur mon utilisation des réseaux sociaux, j’ai fait comme d’habitude et je l’ai relayé sur ma newsletter, puis sur Facebook.
Une publication vraiment anodine à mon sens, dans le style « un peu de lecture pour le week-end, voilà ce qui s’est passé en février, ce que j’ai aimé, lu, écouté… » avec quelques photos des ateliers à la librairie Elizabeth&Jo et le lien vers l’article sur mon blog.
J’allais préparer ma publication sur Instagram quand j’ai reçu quelques minutes plus tard un mail de Facebook m’indiquant que mon compte était suspendu car j’avais enfreint les règles de la communauté (what ???), concernant… la fraude, l’arnaque et les pratiques trompeuses (mais WTF ?! pardon mais il va y avoir beaucoup de ponctuation énervée et de jurons virtuels).
Je vérifie aussitôt que ce n’est pas une arnaque justement ou une tentative de piratage, mais non, c’est un vrai mail de Facebook. Je clique pour comprendre mais vraiment je ne vois pas le problème, en quoi ma publication et mon compte incitent-ils au pari, au prêt, au phishing, aux arnaques financières, voire au blanchiment d’argent (oui oui, on en est là, c’est ce qui s’affiche quand on clique sur leur politique à ce sujet) ?!
A partir de là, la seule possibilité est de faire appel de la décision dans les 180 jours (ce que j’ai fait aussitôt) : on m’indique que Méta examinera ma demande dans la journée (ça fait plus d’un mois, et zéro nouvelle malgré mes relances), que si la décision est confirmée mon compte et toutes mes données seront supprimés, et que mes autres recours sont le tribunal (!!!) ou faire appel à un gestionnaire de litige (mais bien sûr).
Depuis mon compte est suspendu, invisible et non accessible. Et puisque mon compte Instagram était lié à mon compte Facebook, cette suspension s’y applique aussi.
J’ai été d’abord un peu sidérée, je venais de perdre en quelques minutes des années de travail, de contacts, de messages, de publications… Les publications, passe encore, ce n’est pas le plus important il me semble, j’ai encore les photos et j’ai conscience depuis bien longtemps qu’elles ont malheureusement vocation à être éphémères sur ce genre de réseaux.
Mais mes contacts, outch, ça pique j’avoue : des années de rencontres en compagnie médiévale, en festival, en stages, des amis, des collègues, des personnes que je ne connais pas mais qui semblaient apprécier mon travail… tant de personnes dont on n’a pas forcément le numéro de téléphone et le mail, mais avec qui on apprécie de rester en contact quand même…
Je n’ai jamais été hyper assidue sur les réseaux sociaux, surtout ces dernières années où leur fonctionnement ne me convenait plus. J’ai la grande chance que ma communication et mon atelier ne dépendent pas que de Meta, d’avoir un réseau bien réel et local, et heureusement, heureusement que j’ai toujours conservé ce site et ma newsletter !
Mais je connais pas mal de personnes dont la communication ne repose que sur ces plateformes : je suis la preuve, si c’était encore nécessaire, que cela n’arrive pas qu’aux autres, que ça tombe de manière arbitraire et sans recours possible à part des réponses automatiques et négatives.
Je vous invite donc, en tant qu’artistes ou créateur.ices, à ne pas oublier que vous n’êtes propriétaires de rien sur ces plateformes (et je vous parlerai bientôt des autres pistes que j’explore pour me passer désormais des réseaux sociaux).
Après cette mauvaise surprise, j’ai ressenti étrangement une forme de libération. De la colère oui, parce que je trouve ça profondément injuste, que ce n’est pas une publication qui est supprimée mais tous mes comptes, de manière incompréhensible, si totale et soudaine. Mais il y a aussi une part de soulagement qui émerge…
Depuis plus d’un mois que je n’ai plus accès à ces plateformes, je me rends compte que cela ne me manque pas du tout. Je m’informe autrement, je reçois les newsletters de plusieurs de mes comptes préférés, je prends des nouvelles directement , je reprends contact de manière active si besoin. J’avais de toutes façons une limite à 15 minutes maximum par jour, que je n’utilisais pas toujours, n’ayant jamais été une grosse utilisatrice.
Concernant mon atelier, les personnes qui s’inscrivent à mes stages viennent par ma newsletter, les moteurs de recherche et le bouche à oreille, très peu par les réseaux sociaux en fait. On nous fait croire qu’il est indispensable d’être actifs sur ces sites mais je suis maintenant convaincue que ce n’est pas vrai et que d’autres façons de faire sont possibles.
Je pense que la coupure a été brutale, et je le regrette car j’aurais voulu pouvoir prévenir les personnes qui me « suivaient » (quel drôle de mot quand on y pense), mais ça n’a fait que me pousser à sauter le pas de ne plus utiliser ces outils, décision autour de laquelle je tournais depuis un bon moment déjà pour des raisons éthiques.
Est ce que cela va avoir un impact sur mon atelier ? L’avenir me le dira. Je veux voir dans cette contrainte une nouvelle liberté, l’occasion d’être créative et de communiquer autrement, selon mes valeurs. Certes mon compte a été suspendu, mais je fais aussi le choix de ne pas en créer un nouveau, de ne pas recommencer et remonter dans cette roue de hamster. On verra si ça suffit…
Ca fait un gros pavé de texte pas facile à illustrer n’est ce pas ? Il est temps de mettre des photos et de retrouver un peu le monde réel et de la légèreté 😀


Les brebis et leurs agnelles ont depuis retrouvé le chemin des écopaturages, il était grand temps de sortir de la bergerie !
Lectures :
J’ai beaucoup lu en mars, mais je prépare des chroniques à part entière pour certains coups de coeur.
- Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan
Une jeune femme abandonne son téléphone portable à un inconnu, puis disparaît. L’homme se retrouve alors à explorer son téléphone pour comprendre qui elle était et ce qui l’a poussée à ce geste.
J’ai adoré cette histoire et j’ai été complètement happée, j’ai lu ce livre d’une traite entre 9h du matin et 23h le soir, c’est dire ! C’est très bien écrit, très fluide, très émouvant aussi.
On pourrait s’attendre à quelque chose de cliché ou de moralisateur au sujet de l’usage de nos smartphones, mais pas du tout. J’ai également lu des commentaires de personnes disant être rebutées par le thème, s’attendant à une histoire jugeante et cousue de fil blanc…mais vraiment ce n’est pas le cas : Delphine de Vigan a au contraire un vrai talent pour saisir quelque chose de l’air du temps et le distiller dans ses romans.C’est un point de vue très sensible sur la place de ces outils dans nos vies, ce qu’ils disent de nous, ce qu’ils viennent combler… ou révéler.
Le parallèle des états d’âmes entre l’homme, père célibataire, et la jeune femme résonnent plus d’une fois et touchent juste : angoisses, temps qui passe, relations amicales et intimes, trouver sa place dans sa vie… Bref, j’ai adoré.

Ce que j’ai écouté
J’ai assisté début février à plusieurs rencontres dans le cadre du Festival Longueurs d’Ondes, qui a lieu chaque année à Brest. Il paraît que c’est un peu l’équivalent du festival de Cannes pour la radio, alors je suis bien contente qu’il ait lieu chaque année dans notre bout du monde. Pour un prix très accessible, on peut écouter des conférences, des rencontres, des spectacles, des émissions de radio et des podcasts dont certains sont enregistrés.
Voici les rencontres auxquelles j’ai participé, toutes ont été enregistrées et mises en ligne depuis !
- A nos luttes victorieuses, avec Mathilde Larrère, Rokhaya Diallo, Victoire Tuaillon, interviewées par Marie Barbier de la revue La Déferlante : passionnant, une ambiance de feu dans la salle, des extraits si beaux (clip de Standing Rock, lecture d’un discours de Louise Michel au tribunal…)…
Dans le même esprit, je vous conseille d’écouter aussi le nouveau podcast de Victoire Tuaillon “Et parfois on gagne” sur Arte Radio.
- Comment éduquer nos fils, avec Julie Gavras et Camille Froidevaux-Metterie, interviewées par Naomi Titti pour les Couilles sur la Table
Je vous ai déjà parlé du podcast de Julie Gavras, Pas mes fils (Injustices saison 9, Louie Media), le mois dernier, mais elle se retrouve cette fois de l’autre côté du micro.

Richard Gaitet anime le podcast Bookmakers sur Arte Radio, et Marie Richeux le Bookclub sur France Culture. Leurs approches sont très différentes (format quotidien et direct pour Marie Richeux, 3 épisodes d’une heure chaque mois pour une interview très approfondie pour Richard Gaitet) autant vous dire qu’ils avaient beaucoup à dire et que c’était passionnant ! Cerise sur le gâteau, Richard Gaitet est vraiment très drôle : selon les sujets abordés pendant le festival et vu le contexte actuel, l’ambiance n’est pas toujours à la rigolade… alors ça faisait vraiment du bien de rire aussi.
- Comment fabriquer des théories renversantes ? avec Victoire Tuaillon et Camille Froidevaux Metterie
(à retrouver sur la plateforme ou l’application sur laquelle vous écoutez vos podcasts, ou sur le Substack de Victoire Tuaillon Renverser la table)
Victoire Tuaillon interviewait la philosophe Camille Froidevaux-Metterie pour le livre qu’elle a coordonné, Théories féministes, aux éditions du Seuil. Je pourrais les écouter toute la journée, Camille Froidevaux-Metterie est brillante, tellement limpide et nuancée malgré des concepts parfois complexes !
Je vous laisse avec cette belle découverte du groupe irlandais Slow Creatures, et leur clip pour « When The Levee Breaks » qui donne envie de partir en Irlande tout de suite ! Hâte d’en entendre davantage…
Merci de m’avoir lue, et à bientôt pour d’autres chroniques et annonces !
Et comme toujours, pour ne pas manquer les prochains articles, qui ne seront plus relayés sur les réseaux sociaux, n’hésitez pas à vous inscrire à… ma newsletter 😉
merci Claire de retrouver dans tes propos la necessité de laisser le virtuel de coté et de se recentrer sur le réel! A l’aube de mes 80 ans je mesure le changement depuis le début de mes activités , je n’étais pas sur facebook et pourtant je communiquais ! on se voyait lors de marchés de laine nombreux en Bretagne dite « intérieure » , des VRAIES rencontres , des échanges , des moments de partage (j’y ai appris le feutrage à l’aiguille notamment!) j’ai rencontré aussi mon presque voisin Michel Garcia, mon maitre dans le domaine de la teinture végétale , chimiste avant tout capable de m’expliquer les réactions des différents composants des plantes alors que je n’étais que débutante en la matière! maintenant , je ne me déplace plus mais je propose gratuitement au moulin des échanges sur cardage, filage , teinture au chaudron , fini le temps des toisons lavées dans le courant de ma petite rivière , j’achète des mèches !