J’avais repéré “Rousse ou les beaux habitants de l’univers” de Denis Infante lors de sa sortie en 2024, mais j’ai fini par attendre sa sortie en poche (petit budget et manque de place obligent !).

Rousse, une renarde, quitte sa forêt natale, poussée par la nécessité (l’eau vient à manquer), mais aussi par un appel à explorer le monde. Nous suivons donc son épopée pour trouver un endroit plus accueillant où elle pourra vivre.

On comprend assez vite que les humains sont absents du monde de Rousse, sans que cela soit le centre de l’histoire. Ont-ils complètement disparu ? Je vous laisse vous faire votre propre avis, mais cela a au final peu d’importance je crois… puisque tout est raconté de hauteur de renarde. Cela m’a fait du bien de lire une histoire où pour une fois l’humain n’est pas au centre du récit, où l’on retrouve une perspective différente et plus large sur le monde sauvage et la vie.

Certains zones semblent dévastées, d’autres pleines de vie. On devine une ancienne route, un pont, mais nos repères habituels de climats, d’environnements naturels ou façonnés par l’humain sont brouillés voire effacés. 

On vit tout avec Rousse, ses difficultés, ses peurs, des délices et ses moments joyeux . Ses rencontres aussi… je pense que vous n’oublierez pas de sitôt Noirciel le sage corbeau ! 

Ce livre m’a vraiment enchantée et j’y repense énormément depuis. Ce n’est pas une énième histoire où l’animal est anthopomorphisé et où ses aventures seraient racontées et décrites d’un point de vue humain. Denis Infante essaye vraiment de rester au plus près du ressenti, de la perception, de la compréhension d’une renarde, et je n’avais jamais lu quoi que ce soit avec cette approche. 

Mais pour cela il faut une langue, une écriture qui semblent émaner de la renarde : 

“Rousse courait bois, humait vent, dansait sous lune et étoiles, dormait sur tapis de mousse, chassait proies et buvait leur sang aussi rouge que sa toison, aussi revigorant que puissante joie. Parfois, Rousse se sentait si chargée d’énergie, si vibrante de vie, si forte et si libre qu’elle jappait jusqu’à en perdre haleine comme enivrée de son propre fulgurant bonheur. Sorte de chant sauvage et pur, qui résonnait au plus profond de vivante forêt.”

L’auteur fait bien plus que supprimer les déterminants, il y a un rythme, une poésie dans ces mots qui m’ont fait relire des passages juste pour le plaisir. Je pense que ce livre se prêterait merveilleusement à une lecture à voix haute ou une adaptation en conte.

Le thème de janvier de notre bookclub féministe chez Elizabeth&Jo était « Cultiver l’émerveillement ». J’avais plein d’idées de lectures pour ce sujet, car à mon sens tout ou presque peut être sujet à émerveillement : la créativité, la permaculture, la nature en général, et ces thèmes ne sont jamais loin de mon quotidien, de mes pratiques comme de mes recherches. 

Mais j’avais envie de proposer un angle de vue un peu original : un livre qui m’a enchantée. 

Ce qui m’a émerveillée dans ce roman, c’est ce changement de point de vue, et son écriture. Il a contribué à me redonner une confiance en la vie, en sa beauté, en sa magie, en me faisant changer de perspective : si on enlève les quelques évocations de traces humaines, cette histoire pourrait se dérouler à des centaines, voire milliers d’années de notre époque, dans le passé comme dans le futur. 

Je crois que ce que j’essaye de dire, c’est que ce livre m’a reconnectée à ma capacité à m’émerveiller, à prendre moi aussi un point de vue différent sur la vie, au delà de nos problèmes humains et immédiats.

Forcément durant la lecture, j’avais beaucoup d’images, de couleurs, de textures qui me traversaient : je suis donc allée chercher dans ma réserve de fibres une nappe cardée de mon amie Christie (anciennement « l’Atelier du Chat Noir », aujourd’hui « Emaux Emoi »), qui évoque parfaitement Rousse et son univers. Je vais la compléter par d’autres fibres pour faire une nouvelle palette de fils.

A bientôt ! J’espère que cette chronique vous donnera envie de découvrir « Rousse » : si vous l’avez déjà lu ou que vous allez le faire, n’hésitez pas à me laisser un commentaire pour que nous en discutions ensemble, je serais très curieuse d’avoir vos avis ^_^

PS : j’allais oublier le 4ème de couverture :

“Sur une terre que l’homme semble avoir désertée, où l’eau est devenue rarissime, tous les vivants souffrent de la soif. Les végétaux dépérissent. Les animaux aquatiques aussi, pris au piège de l’évaporation de leurs demeures. Au retour de leurs longs périples, les oiseaux migrateurs n’apportent pas de bonnes nouvelles : partout la sécheresse sévit. C’est cette nature désolante que Rousse, une jeune renarde à la robe flamboyante, découvre lorsqu’elle quitte la forêt où elle a toujours vécu. Mais son voyage s’embellit au fil de ses rencontres avec d’autres espèces.

Une fable portée par une langue au ras du réel, avec la puissance d’une odyssée.”

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