» Ecoutez, mes sœurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez… le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l’ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d’épices, magie et recettes se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes !  » Frasquita Carasco a dans son village du sud de l’Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu’elle coud, aux objets qu’elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu’elles faneront sous le regard jaloux des villageoises; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d’un papillon qu’il s’envolera par la fenêtre: le cœur de soie qu’elle cache sous le vêtement de la Madone menée en procession semble palpiter miraculeusement… Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d’un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l’errance à travers l’Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus – ou accablés – de dons surnaturels… Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses on cruelles. Le merveilleux ici n’est jamais forcé : il s’inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie. »

Dans la famille de Frasquita, on se transmet dons et mots de magie de mère en fille… et chacune découvre dans une mystérieuse boîte quel sera son talent.
Frasquita est ainsi bien plus qu’une brodeuse et couturière, elle reprise l’âme des gens, donne vie à ce qu’elle créé et file, tisse son univers… Histoire d’une femme simple dans une Espagne d’un autre âge, histoire d’un quotidien et de ses souffrances dans un monde qui s’effrite et s’écroule… voilà une femme et une mère que vous n’êtes pas prêts d’oublier !
On pense à « la maison aux esprits » d’Isabel Allende pour cette dynastie féminine, et cette atmosphère du Sud qui imprègne et empoussière jusqu’à l’âme des gens. Mais ce premier roman de Carole Martinez impose son propre style, une écriture magnifique, qui poussent parfois jusqu’à l’incantatoire, toujours magique en tout cas. On y croise la conteuse, l’écrivain, la sorcière, la sage femme, la tisserande, la chanteuse, la lumineuse…
A toutes les amoureuses du fil, de l’artisanat et des histoires féminines, ce livre est fait pour vous ! Décidément ça fait du bien de se remettre à lire des romans !

Le coeur cousu, Carole Martinez, chez Folio en poche ou chez Gallimard

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