Voici un petit livre précieux, mystérieux et envoûtant, dont j’achèterais volontiers une boîte pour en offrir à tous mes amis… Une lecture courte, intense, mais qui m’a profondément marquée, un cadeau que l’on m’a fait et que j’ai à coeur de transmettre moi aussi, comme si nous buvions un thé ensemble.

J’étais encore une fois à la merveilleuse librairie La Berlue à Florac, quand je vois ce titre qui m’accroche et me surprend… « L’homme semence », de Violette Ailhaud. Tout petit, tout fin, une couverture énigmatique… Mes deux mains sont déjà prises par ma pile de livres, je m’avance vers Solenne la libraire et l’âme de ce lieu, puis je m’apprête à partir… lorsque dans une impulsion et un grand sourire, elle glisse le petit livre dans mon sac.

l'homme semence violette ailhaud

Aussitôt rentrée, aussitôt plongée dans ma lecture… Moi l’adepte des gros pavés, des longues histoires, je ne pensais pas qu’un texte si court puisse me faire un tel effet et une impression aussi durable ! Mais jugez plutôt…

Après les soulèvements le 1851, un petit hameau des Alpes de Haute Provence est vidé de ses habitants masculins : condamnations à mort, déportations, bagne… Les femmes se retrouvent à vivre entre elles, à poursuivre la vie coûte que que coûte, comme elles peuvent. Mais au plus dur de la solitude, elles font un pacte : le premier homme qui reviendra au village sera leur homme à toutes, pour ressemer la vie dans le ventre de chacune…

En dire plus serait trop en dire, vous vous en doutez. Mais sachez que l’histoire est vraie ! Elle s’est même transmise d’une façon bien curieuse, qui ajoute à la puissance de ce petit ouvrage :

« L’homme semence est un texte écrit en 1919 par Violette Ailhaud. Violette Ailhaud est née en 1835. Elle est morte en 1925 au Saule Mort, un hameau du village du Poil, dans les Basses Alpes, appelées aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence. Dans sa succession, il y avait une enveloppe qui ne pouvait pas être ouverte par le notaire avant l’été de 1952. Après ouverture, la consigne indiquait que son contenu, un manuscrit, devait être confié à l’aîné des descendants de Violette, de sexe féminin exclusivement, ayant entre 15 et 30 ans. Yveline, 24 ans alors, s’est retrouvée en possession du texte, texte qu’elle a confié aux éditions Parole en 2006. »

Les éditions Parole, éditeurs libres et indépendants, ont donc diffusé ce récit, dont la diffusion ne cesse de se renforcer par le bouche à oreille. Désormais traduit en plusieurs langues, adapté au théâtre, inspirant danseurs et artistes, le récit de Violette Ailhaud semble trouver un écho profond chez plus d’un(e) ! Mémoire d’un drame oublié, d’un pan d’histoire dont on ne nous parle jamais, ou quand la petite histoire se cache derrière la grande… Et que l’espoir renaît malgré tout.

Je vous laisse donc lire un extrait sur le site des éditions Parole, et découvrir par la même occasion le site de cet éditeur. De mon côté je vais creuser plus avant cette jolie collection « Main de femme » qui a tout pour me plaire et recueille j’en suis sûre d’autres pépites !

 «ça vient du fond de la vallée. Bien avant que ça passe le gué de la rivière, que l’ombre tranche, en un long clin d’œil, le brillant de l’eau entre les Iscles, nous savons que c’est un homme. Nos corps vides de femmes sans mari se sont mis à résonner d’une façon qui ne trompe pas. Nos bras fatigués s’arrêtent tous ensemble d’amonteiller le foin. Nous nous regardons et chacune se souvient du serment. Nos mains s’empoignent et nos doigts se serrent à en craquer les jointures : notre rêve est en marche, glaçant d’effroi et brûlant de désir.» »

A bientôt pour d’autres lectures !

Le site des éditions Parole

Le livre « L’homme semence »

Lire un extrait

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