• Iles d’Aran, Inishmore 

Je suis désolée d’avoir autant tardé à écrire la suite de notre périple irlandais, mais il s’est passé tellement de choses à Aran que j’ai encore du mal à mettre des mots dessus. Il est très difficile de parler d’Aran sans tomber dans les clichés… Car ce lieu ne m’a paru ressembler à aucun autre, et j’ai du mal à trouver des comparaisons pour l’expliquer, le faire imaginer… Je vais essayer quand même.

Départ le 28 septembre au matin pour prendre le bâteau de Doolin jusqu’à Inishmore, la plus grande des 3 îles qui composent l’archipel d’Aran. Le service du bateau va bientôt s’arrêter car d’ici quelques semaines, la mer sera trop agitée pour qu’il puisse circuler… Et en effet, nous avons beau être relativement habitués aux traversées jusqu’à Ouessant, ça remue déjà pas mal pour un temps plutôt clément !

Départ en bateau de Doolin : au loin, les falaises de Moher

Imaginez trois îles perdues dans la baie de Galway, aux portes de l’Atlantique… Que dis-je, 3 îles, 3 cailloux plutôt (sans aucun sens péjoratif, j’adore les cailloux vous le savez !). Trois rochers donc, perdus dans l’océan, et si sauvages que je me demande encore quelle idée les hommes ont pu avoir de venir s’installer dans un lieu aussi peu hospitalier.

Cette photo du National Geographic résume bien le terrain naturel d’Aran :

Inishmore, Aran Islands, photo National Geographic

Dans la continuité géologique de l’aridité du Burren dont je parlerais demain, les îles d’Aran sont donc des plaques rocheuses et grises, où l’humain a du rogner pierre à pierre pour trouver de quoi subsister ; j’ai lu que siècle après siècle, les hommes creusaient des bandes de roche pour les combler d’algues et de sable, et créer ainsi un précieux humus. Avec les pierres qu’ils ôtaient, ils ont formé tous les murets qui sillonnent les îles comme un filet très serré et qui protègent ces petits champs du vent si fort de ces régions. Et petit à petit, bande de roche après bande de roche, les îles sont devenues un peu plus vertes…

Herbes et murs, Aran

C’est donc toute cette puissance des éléments que l’on se prend en pleine figure à Aran. Des îles isolées, de la pierre, du vent, l’océan, le soleil s’il veut bien se montrer, la pluie… On se sent tout petit ! Et mes dieux, qu’il est bon d’être parfois ramené à l’essentiel, de s’oublier dans un paysage et un lieu sauvage qui vous happe par ses lumières et son histoire. Il est un peu dommage d’être autant assailli en arrivant par les propositions touristiques (vélos, calèches…), mais en s’éloignant du bourg de Kilronan, on retrouve bien vite une tranquillité plus propice à la découverte de l’île.

Direction le Clochan Na Carraige, surprenante hutte d’ermite toute en pierre, datant des premiers chrétiens..

Hutte d'ermite alias Clochan Na Carraige

puis les Na Seacht d’Tempaill, vestiges mélancoliques et un peu austères d’une époque où la foi des hommes les avait poussés à construire ce monastère et ces églises dans un lieu aussi reculé.

Na Seacht d'Tempaill, Aran

L’atmosphère est propice au recueillement, ou dans un autre registre, à notre découverte du gaélique ! C’est en effet la langue du quotidien sur les îles d’Aran, et les hommes que nous croisons en train de travailler sur les ruines le parlent tous entre eux.

Il est temps de faire une petite pause mouton, et d’essayer de trouver de la laine non ? Après tout, nous sommes sur Aran, dont les pulls aux motifs entrelacés ont conquis le monde entier ! Malheureusement il semble impossible en cette saison de trouver des toisons, ou de la laine à filer, tout part dans les filatures… C’est néanmoins l’occasion d’une discussion sympathique avec une vieille dame qui tricote comme elle respire, et semble très heureuse de l’intérêt d’une jeune Française pour ce patrimoine !

Nous remontons ensuite jusqu’au fameux fort de Dun Aengus… Alors là, j’en ai le souffle coupé : le relief était plutôt doux sur le côté de l’île que nous venions de parcourir, mais après une bonne montée nous voici au seuil d’une énorme demie enceinte de pierres…

Dun Aengus

Dun Aengus, Aran

Oui, une demie enceinte seulement, car l’autre moitié donne directement sur une falaise de près de 100 mètres de haut… inutile de bâtir et de se protéger de ce côté donc ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous sommes absolument seuls dans ce lieu : le dernier bateau de la journée est passé, voilà pourquoi nous tenions tant à rester plus d’une journée à Aran ! La plupart des touristes sont repartis, les habitants ressortent de chez eux, et un visage plus authentique de l’île s’offre à ceux qui sont encore là.

En cette fin d’après midi, il fait un temps magnifique, mais un vent violent lève des vagues énormes sur ces falaises mythiques…

Vue depuis Dun Aengus

Vue depuis Dun Aengus

Aengus le jeune à qui ce fort est dédié doit apprécier ce merveilleux spectacle.

Il est temps de redescendre si nous ne voulons pas être rattrapés par la nuit… Nous passons une excellente soirée au Ti Joe Watty’s pub, le vrai ! Là encore, le gaélique est dans toutes les gorges, je me régale à essayer de l’écouter même sans le comprendre.

  • Côté pratique :

Dîner au Ti Joe Watty’s pub, plats simples mais délicieux, accueil chaleureux et amical, on croirait presque être des habitués !

Nuit au B&B Clai Ban, bof bof… Chambre correcte mais propreté… gloups, je préfère ne pas trop y repenser !

  • Côté musique :

Ah Lasairfhiona… Une voix douce et pure, une native de l’île que l’on peut croiser paraît-il au pied de Dun Aengus où elle tient une petite boutique. Que c’est beau le gaélique, et plus encore chanté par une si jolie voix…

Son site

Son Myspace

  • Côté lecture :

C’est le moment de ressortir « Récits de la mythologie celtique » d’Ella Young ! L’un de mes ouvrages préférés sur le sujet… L’auteur a écrit ce livre à partir des conteurs qu’elle a entendu en Irlande et sur l’île d’Aran, d’où sans doute cette force et cette poésie qui se dégagent à chaque page.

Dans un autre style, j’ai beaucoup aimé le « Journal d’Aran et d’autres lieux » de Nicolas Bouvier, pour sa plume et l’ambiance qui se dégage de son récit, tiré d’un séjour dans les années 80 en plein hiver à Aran…

Pour conclure cet article, je dirais qu’Aran est un endroit d’où l’on ne revient pas vraiment, et l’un de ceux qui m’a le plus marquée en Irlande : j’en garde un léger goût de trop peu, avec l’envie de m’y poser, d’écouter, de m’imprégner encore davantage pour mieux comprendre ce lieu si particulier, de passer également du temps sur les autres îles, Inis Oirr et Inis Meain, qui sont encore moins fréquentées !
J’aimerais aussi voir ce qu’il restera de son âme au fil des années, car les anciens s’éteignent, les jeunes partent, et  je crains que ces îles ne s’assoupissent peu à peu si la seule alternative proposée est le tourisme.

Comme d’habitude, les photos sont aussi dans mes albums Picasa… A demain pour la suite, et à la fin, de notre périple irlandais !

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