• Clairière

Tinne a duir,
Le temps me dure,
de retourner à tes murmures
de m’envelopper de tes feuillures

De me piquer le bout du doigt
au houx brillant de ton sous bois…
De me dresser les bras au ciel
les yeux mouillés les joues vermeilles…

Puis d’écouter les voix anciennes,
Noyées de brumes, chantant le chêne…

Accueille nous jeune clairière
Terre paume ouverte, serpent rivière
liant mains d’ombres et coeurs vivants.

Entend les chants de nos ancêtres,
de leur enfants toujours présents
qui aimeraient te voir renaître…

Caillu, début octobre 2006

  • Force

Force de mère,
Force de nuit,
Force de terre,
Force de pluie.

Force du sage,
Force du feu,
Force d’orage,
Magie du Bleu.

Vie du bâton,
Vie de la cendre,
Vie du chaudron,
Court dans mes membres…

Vie dans la feuille,
vie dans la goutte,
Vie d’écureuil
Petite route.

Caillu, début 2006

  • Ancêtres

Ancêtres
Etreinte
Bras invisibles
Souffle mon âme…

Danse infinie
Valse de vie
Cercles volutes
Lueurs et brumes…

Chants et danses
Main tendue
Au delà des années
Fils reliés

Battement de pied
Serpent qui monte
Enlace jambes
Se love au ventre

Fils tissés
Mains ont tressé
Touché bercé
Rythmes tapés.

Caillu, avril 2006

  • Méditation de Samhain

Descente au fond du chaudron, descente sous la Terre, au coeur de la Terre… Tout est sombre, tout est obscur, invisible, caché… C’est l’inconnu, la nuit… Avons nous peur ? Sommes nous angoissés ?

J’espère que non ! Nous sommes plutôt attentifs, prudents, conscients… Nous observons autour de nous, tentons de discerner quelque chose dans cette obscurité si profonde… si nous ne pouvons voir, essayons de ressentir différemment les choses, d’utiliser nos autres sens. Nous ressentons une vibration, ténue tout d’abord, puis plus forte et régulière ensuite, comme un battement… coeur de la Terre ? Tambour de la Déesse ? La nuit est bien vivante, elle frémit, elle bruisse, elle remue, elle bat… nous sommes dans une matrice, dans le ventre de terre et de nuit de la Déesse…

Un murmure s’élève, ce sont nos ancêtres, ils sont là eux aussi, sous la terre, qu’ils ont nourrie depuis tant d’années… nous entendons leurs rires, leurs chants, leurs voix, le message qu’ils viennent nous donner… puis le murmure s’apaise… le battement de coeur est toujours là, on dirait que tous attendent quelque chose… et nous attendons nous aussi. Nous attendons la magie de la Déesse…

Une étincelle vient de jaillir dans le noir, dans cette obscurité bruissante de vie, de murmures, de force… Avons nous rêvé ? Non, elle est là de nouveau, petite lueur maintenant, forte et fragile à la fois ! C’est un moment de magie, la vie naît de la mort, la mort donne la vie ! La petite lumière est bien visible maintenant, petite graine de soleil que la Déesse va protéger, couver, envelopper, nourrir dans son ventre. Nourrissons la, protégeons là nous aussi, fortifions là de nos souhaits, de nos voeux, de notre foi, afin que graine de soleil et projets grandissent ensemble quand reviendront les longues journées. Gardons la dans nos coeurs, dans nos ventres, là, juste sous le nombril, et laissons la Déesse faire son travail, faire grandir en elle cette promesse.

Revenons ici et maintenant, en emmenant en nous une part de cette lueur, qui nous aidera et que nous protégerons tout au long de l’hiver. Pensons à notre graine, nourrissons là… quels sont nos projets pour cette année qui commence ?  »

On peut ensuite se lâcher les mains, puis donner une bougie à chacun, et demander quel est son voeu pour la nouvelle année. Quand il est formulé, on peut allumer la bougie en disant une petite phrase de circonstance sur l’accomplissement de ce voeu…

Caillu

  • Une clairière en ville ?

Une clairière… Oui, retrouver ici aussi un lieu pour se re-sourcer, un lieu pour célébrer et pour danser, chanter, tisser la roue de nos 8 fêtes… Impossible, il y a trop de voitures, trop de bruit, trop de maisons, d’immeubles, trop d’humains enfin ! Et plus d’arbres, de prés, de sources, de pierres.

Oui mais… quelque chose m’appelle. Quelque chose me dit de… de tenir. Que seule ma foi dans les anciens Dieux et mon souvenir des Vieilles Déesses me feront traverser ces années citadines.

Si j’oublie, si je ne prends pas le temps, si je ne fais pas au lieu de simplement lire et écrire, je me perdrai dans ce dédale, ce brouhaha, ces lumières qui font un ciel orange même la nuit. J’aurais trop peur d’oublier les étoiles, je serai surprise de voir parfois la Lune, accrochée là je ne sais où, dans une nuit vers laquelle je n’aurai pas levé les yeux depuis longtemps. Je vivrais de métro en dodo, d’un sommeil sans rêve, comme ces gens au regard vide que je croise toute la journée, qui oublient quel jour viendra l’été, quel est le nom de cette fleur…

J’aurais peur des insectes, de faire une tâche sur ma veste, d’être envahie par ce train de vie…

Alors oui c’est difficile de créer une clairière dans un milieu aussi hostile. Mais finalement une fois le pas franchi, on réalise que ce qui nous bloquait le plus, c’était surtout nos idées sur la question.

Des lieux verts il y en a encore, parcs ou forêts, et eux aussi sentent l’humus, et sont couverts de rosée au petit matin ! Et les oiseaux y chantent aussi, surtout à la tombée de la nuit. Des hommes prêts à s’y rendre, qui en ont même un besoin tout aussi vital que le vôtre, il y en a aussi, et certainement encore plus que vous ne l’imaginez. Et surtout la terre, en dessous, a encore davantage besoin qu’ailleurs d’être préservée, nettoyée, honorée… Ici aussi des ancêtres ont vécu, des coutumes subsistent, ou alors chaque diaspora a amenée les siennes. Et qui apportera aux enfants de la Terre nés ou exilés dans ces citadelles géantes, la parole des anciens, leurs gestes, leurs histoires, qui leur dira qu’ils sont des hommes debout, que la vie c’est 9h-18h, mais pas seulement ?

De balades en rando-nettes, visites de musées aux pièces anciennes, bons repas et veillées où chacun partage, il y en a des occasions de rire, de chanter, d’être ensemble dans une communauté de croyances et de pensées. La clairière s’arrête-t-elle aux portes de la forêt ? Ou sait-elle se faire mouvante, nomade, de découverte et découverte ? Le cercle des mains liées se dissout-il une fois le dernier Awen chanté ?

Là n’est pas mon idée !

Caillu Brigana

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